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30 janvier 2018

Marianne Burkic: la passionnée de la gamification

JCCM

Diplômée d’une maîtrise en droit (Université Panthéon-Assas) et en commerce (ESCP Europe), Marianne s’est spécialisée dans les coproductions internationales de films et séries, avec un attrait particulier pour les programmes jeunesse. Lors de ces dix dernières années, Marianne a développé ses compétences en stratégie, production et management tant au sein de grands groupes tels que Lagardère, que dans de plus petites structures, en France, en Norvège, en Australie et au Canada.

En fondant Yapouni, un serious game à l’intention des familles, Marianne mêle son expertise à sa passion pour le storytelling et la création d’univers immersifs, en vue de favoriser la personnalisation et l’humanisation des soins.

Qu’est-ce qui t’as poussé à venir t’installer à Montréal?

J’adore voyager. Je suis allée en Erasmus en Norvège, je suis partie avec un PVT en Australie et j’avais envie d’essayer le Canada. Pendant mes études, je me suis passionnée et spécialisée dans les coproductions internationales de films et de séries. Montréal étant une plaque tournante de ce type de productions, j’ai décidé de m’y installer. C’est mon cinquième hiver à Montréal!

Qu’est-ce qui t’as poussé à devenir entrepreneur?

J’ai toujours eu un sens de l’initiative très développé, même au sein des entreprises pour lesquelles j’étais employée. J’ai besoin d’aborder mon travail de façon créative. Quand on parle de créativité, en production notamment, on pense immédiatement à l’aspect artistique, mais il faut aussi être très inventif et bien souvent innovant pour venir à bout de certains enjeux de distribution, de financements ou de marketing. L’aspect stratégique de la création de projets m’a toujours beaucoup plu et stimulé.

Mais j’ai eu le déclic pendant mon bénévolat à l’hôpital Saint-Justine, et en participant au Défi Innovation Santé (Hacking health).

D’un côté, j’étais confrontée à un manque de ressources et je pouvais voir que certaines situations avec les familles se répétaient, et de l’autre, j’ai rencontré une communauté dynamique qui me permettait d’être un acteur de changement… C’est cette cause qui m’a donné envie de faire le saut.

Peux-tu nous parler un peu de ton projet Yapouni?

Yapouni, c’est un « serious game ». Un jeu de rôle éducatif pour les enfants de 3 à 8 ans et pour leurs parents. Le but est d’accompagner les familles dans le processus de soins et de leur permettre de dédramatiser l’expérience hospitalière en la rendant ludique.

Le concept du jeu est simple. L’enfant est le docteur de Yapouni, un petit panda roux, qui a le même âge que l’enfant lui-même, les mêmes goûts et la même maladie que lui, le tout étant programmé par les parents. Le but est de rassurer ces familles en leur donnant le sentiment de reprendre le contrôle. C’est aussi un outil pour les enfants, les parents et le personnel soignant de créer un lien, une complicité entre eux.

Est-ce que tu as déjà testé ton projet?

On a interrogé et suivi des familles dans leur parcours de soins lors de notre étude de marché, et on a ensuite testé le concept.

On termine en ce moment le développement d’un module du jeu qui est un orchestre de monstres d’hôpitaux, pour dédramatiser l’environnement sonore et physique d’une chambre d’hôpital et le rendre amusant. Les enfants vont pouvoir composer des musiques, en mixant des sons d’hôpitaux, des instruments et des voix de « personnages soignants ».

Notre pari? Réussir à colorer l’imagination des jeunes patients, à diminuer leurs frayeurs nocturnes et à augmenter leur adhérence thérapeutique. C’est le prochain test que nous ferons en milieu naturel.

Toujours avec cette même finalité, on développe en ce moment une partie de notre concept sur un autre support… mais il faudra suivre Yapouni dans les prochains mois pour en savoir plus!

Penses-tu un jour exporter ton projet ailleurs (par exemple dans le reste du Canada ou ailleurs)?

Yapouni a vocation à être international. L’entreprise est basée à Montréal, mais a aussi un pied en Australie, où on a été au contact de beaucoup de familles, et en France où nous avons des discussions avec plusieurs partenaires potentiels.

On s’est aussi rendu compte que les peurs d’un enfant face à une hospitalisation, et certaines difficultés traversées par ses parents sont les mêmes, que la famille soit québécoise, française ou australienne.

As-tu de nouveaux projets en vue pour Yapouni?

Il y a beaucoup de déclinaisons possibles pour Yapouni mais pour le moment on va se concentrer sur la production du jeu, qui est riche puisque modulaire.

À terme on aimerait pouvoir produire plusieurs versions et aller plus loin dans sa personnalisation, notamment en nouant des partenariats avec des associations et des fondations.

Je suis aussi très intéressée par la perspective d’amener l’univers de Yapouni et le jeu hors de la tablette…

Tu as participé au concours de pitch de la Grande rencontre des jeunes entrepreneurs, l’an dernier, lors duquel tu as gagné le prix dans la catégorie Entrepreneuriat social, ainsi que le Grand Prix de la Compétition Éclair d’affaires finale. Par ailleurs, tu as également gagné plusieurs autres prix dans différents concours et compétitions. Pour toi, qu’est-ce que représentent tous ces prix et cette reconnaissance?  

Nous sommes un projet en plein développement, les concours nous permettent donc d’avoir une belle visibilité, d’acquérir de la crédibilité, et d’élargir notre réseau. Le jury de ces concours est souvent composé d’entrepreneurs, de professionnels du milieu des affaires et d’experts. Avoir leurs avis nous encourage à poursuivre, et met en lumière ce sur quoi nous devons concentrer notre attention et nos efforts. Les défis sont nombreux pour une start up en démarrage, la recherche de financement ardue, notamment pour un projet d’impact social. Rien n’est jamais garanti, en entrepreneuriat!

Aurais-tu un conseil à donner à un entrepreneur ou futur entrepreneur qui désire se lancer en affaires?

Choisissez un domaine ou un sujet qui vous allume! Parce que les premières années  - au moins - votre projet d’affaires va devenir la majeure partie de votre vie. Je reste persuadée que la force d’un projet tient en partie à la passion et à l’énergie qu’un entrepreneur lui insuffle.

Je recommanderai aussi à un futur entrepreneur de ne pas tarder à intégrer un incubateur et à trouver des mentors. On avance plus vite et mieux, et surtout cela débouche sur de très belles rencontres.

Questions «funky»

Pourquoi un panda roux comme personnage de Yapouni?

Parce que le panda roux est un animal « sous-représenté »! Vous connaissez un personnage de panda roux, marquant, dans un film Pixar ou Disney? Le but était donc de créer un personnage singulier, avec un grand capital sympathie, et relativement familier puisqu’il se situe entre le raton-laveur et le renard.

Que veut dire Yapouni?

C’est une question que l’on me pose souvent! C’est une pure création. Je voulais un mot qui soit international, une sonorité douce – en l’occurrence d’inspiration slave - qui se prononce aussi bien en français qu’en anglais. Je voulais un «Y» en début de phrase pour rappeler la forme d’un stéthoscope comme clin d’œil au contexte du jeu et un «O» au milieu pour avoir la forme d’une queue du panda roux au sein du logo.

Toi qui a créé un jeu de rôle éducatif, tu dirais que ton jeu préféré serait...?

Ce qui est drôle, c’est que je ne suis pas une gameuse à la base. C’est en développant Yapouni, notamment grâce aux recommandations de mon équipe, que j’ai réellement découvert et apprécié les  jeux! Je suis très sensible aux jeux avec une narration ou une atmosphère travaillée comme Journey, Ori and the Blind Forest ou Limbo.

Mais Yapouni se reconnaît et appartient autant aux jeux qu’à l’animation. Un mix que l’on retrouve d’ailleurs dans l’équipe. Petite, j’ai été biberonnée aux Disney. J’adore les Pixar, comme les Studios Ghibli.

Quelle est l’expérience la plus extraordinaire que tu as vécue grâce à Yapouni?

Extraordinaire dans le sens « épique », je dirais que pitcher le concept de notre petit panda roux à des chirurgiens seniors, peu convaincus par les nouvelles technologies pour les enfants, fut en soit toute une expérience, et réussir à les embarquer, un petit exploit!

J’ai aussi la chance d’avoir de l’extraordinaire dans mon quotidien, en travaillant aux côtés de Mathilde Charles, l’illustratrice de Yapouni.

Le talent de Mathilde n’est pas seulement dans son coup de crayon, mais aussi dans sa capacité à capter l’essence du projet et à donner vie aux personnages et à l’univers de Yapouni, tels que je me les imaginais. Il y a quelque chose de magique dans ce processus!

Autre chose qui serait extraordinaire? C’est qu’après cet article, des hôpitaux, des associations de parents, des fondations, des mentors, etc., nous contactent pour partager notre enthousiasme, leur expertise ou pour travailler avec nous!